Le monde du travail est malade

The show must ‘Carlos’ go on

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Ma chronique sur France Culture du 19 avril 2011Le burn out – cette explosion en vol de salariés – affecterait surtout les quadra et quinqua, homme comme femme, employés comme cadre.

Dans la Tribune hier, Davor Komplita, psychiatre genevois explique : « le monde du travail est malade psychiatriquement, dans certaines entreprises, on vit sous le règne de la terreur ». La faute aux exigences de productivité, au dictat d’une organisation de l’entreprise qui sous couvert de performance surtout, isole.Pour Komplita « scientifiquement, il a été prouvé qu’un cerveau soumis à un stress permanent et continu entre dans l’inhibition. Le cerveau est à ce point rétréci qu’il tombe en panne (…) ». Et là de rappeler la perversité du syndrome du larbin, évoqué dans une précédente chronique : « plus on redouble d’énergie pour plaire à son chef, plus on perd la conscience critique de soi-même ». Le burn out pour Komplita est « un chagrin d’honneur, car il relève de la perte de dignité de l’être humain. Ce qui détruit les gens, dit-il, c’est de n’être plus rien aux yeux des autres ». Et du coup aux yeux de soi-même. Ce n’est pas tant le surmenage qui pose un problème mais les motivations de ce surmenage : la peur de n’être plus rien. Cela frappe à tous les niveaux de l’entreprise, des patrons comme Daniel Bouton pendant l’affaire Kerviel, des employés de France Télecom, des ingénieurs de Renault.D’ailleurs, en parlant de Renault, s’il y en a un qui a su qui il était et du coup a pu résister à la démence de ses collègues et de son entreprise, c’est bien Matthieu Tenenbaum, l’un de ses cadres accusés, à tort mais à grand frais, d’espionnage industriel. Le 3 janvier, il est convoqué par Christian Husson, le directeur juridique de Renault qui tente de lui faire accepter le marché suivant : soit il avoue tout et il s’en sort avec un licenciement maquillé en démission, soit il nie et part en garde à vue. L’Express a mis en ligne la semaine dernière l’intégralité de cette discussion kafkaïenne enregistrée à l’insu de Matthieu Tenenbaum. Et voilà les techniques de barbouzes d’une entreprise maniaque du contrôle qui se retournent contre elle. Car cet enregistrement – devenu public on ne sait comment (y aurait-il un renaultleaks ?) -  est donc un document pour l’histoire, à enfermer dans un time capsule pour les Levis Strauss du 22ème siècle (s’il existe) quand ils voudront étudier le cannibalisme en col blanc : le capitalisme. Tout est là : absence de bénéfice du doute, arrogance, certitudes crasses et vides. Husson cuisine Tenenbaum qui tombe des nues, résiste, bataille. Il le cuisine mais en fait il ne dit rien. Il n’a rien à dire. Tout est en ellipse, sous entendu : Chine, espionnage, Suisse. Il balance les mots comme on distille la peur. L’entreprise terrorise ses cadres parce qu’elle est elle-même terrorisée. Par la Chine, par les concurrents, par demain. Ce n’est pas le pouvoir qui rend fou mais la peur de le perdre.On connaît la suite de cette affaire ridicule et pathétique. Aux dernières nouvelles, Matthieu Tenenbaum, sémillant trentenaire, projetterait de réintégrer l’entreprise. Il est vrai qu’il est maintenant blindé à vie. D’ailleurs, pour Davor Komplita, la génération des 18-35 ans sera plus forte, moins sujete au burn out, à l’effondrement justement, car ses membres ont moins peur et sont moins naïfs. A voir…

En attendant, Carlos Ghosn a donc sauvé sa peau la semaine dernière en sacrifiant son numéro deux… Le soir même, l’homme de Renault fêtait cela dans un grand restaurant parisien à une table bien en vue. Le business n’attend pas. La situation est sous contrôle. Burn out ou pas, the show must Carlos go on.

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