Démondialisation – Certains pêchent cruellement par manque de prospositions concrètes

 Par Alain B

D’où vint le mot démondialisation?

De l’anglais anti-globalization. Le terme de globalisation recouvre d’abord la globalisation financière et c’est en ce sens que Walden Bello* l’utilise depuis une bonne quinzaine d’années.

Dans Politis Thierry Brun aborde la question ainsi : “En quelques mois, le nouveau concept de démondialisation est entré en force dans le débat politique et les grands médias. Il a rallié un large spectre politique et intellectuel autour de la critique de la mondialisation libérale et de ses effets ressentis par les peuples. On y instruit le procès du libre-échange, du dumping social et fiscal, des dérégulations menées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l’Union européenne, des plans d’austérité.” 

Un mot beaucoup trop violent pour les libéraux qui profitent directement des avantages de l’actuelle organisation du mercantilisme planétaire. Un vocabulaire que tenterait de récupérer le Front National d’après Attac

Une orientation économique donc, qui suscite de vives critiques au sein de certains membres d’Attac Une parie des membre du Conseil scientifique d’Attac a co signé une tribune sur le Blog des invités de Médiapart

La démondialisation, un concept superficiel et simpliste

NDRL : Notez bien que ce positionnement est celui des personnes dont les noms figurent ci dessous et non celui de la totalité du Conseil scientifique d’Attac

Extraits

1 Présentation de Médiapart

Geneviève Azam, Jacques Cossart, Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Pierre Khalfa, Dominique Plihon, Catherine Samary et Aurélie Trouvé, membres du Conseil scientifique d’Attac, s’inquiètent de la fortune rencontrée par la «démondialisation», qui induirait la suspension des logiques de coopération nécessaires au progrès des droits sociaux sans résoudre aucune des crises actuelles.

2 Quelques citations des signataires

« (…)Surtout, à l’heure d’une crise aussi grave, le déferlement de politiques unilatérales tournerait le dos définitivement à une coopération entre les peuples. Une dévaluation unilatérale ne ferait qu’enclencher des mesures de rétorsion et une aggravation de la guerre économique entre pays européens. Au moment où les convergences des résistances et des initiatives populaires mettent au contraire en évidence la nécessité de décisions européennes fortes en matière de fonds tournés vers la recherche, l’éducation, la santé de base, les grandes infrastructures de transports publics, la transition énergétique…»

« S’il est urgent de «révolutionner» la maison Europe, il faut commencer par le commencement: s’attaquer au pouvoir du capital en restreignant sa liberté de mouvement, refonder la fiscalité, les services publics, la protection sociale, le travail décent; s’attaquer au productivisme et à ses variantes. Les mobilisations sociales contre l’austérité qui montent en Europe sont un levier pour engager une véritable transformation de la société. Il sera alors nécessaire, pour le ou les gouvernements voulant rompre avec le néolibéralisme, de briser le carcan des traités européens, au besoin en menaçant de faire voler en éclats cet euro-là, de manière concertée avec d’autres peuples et mouvements sociaux. Mais cela n’aura aucunement le même sens que le repli national qui se profile derrière la notion de démondialisation.»

Au sujet de la tentative de récupération par Madame Le Pen fille de ses travaux, voici la réponse d’Emmanuel Todd

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3 Des vœux pieux

Les moyens pour sortir de la globalisation économique apparaissent dans le texte co-signé par des membre du Conseilo scientifiques d’Attac, dans lequel se trouvent également quelques évidences qu’il est toujours bon de souligner, comme une simple posture idéologique et ne font guère avancer le schmilblick.

« On ne renversera pas le dogme de la «création de valeur pour l’actionnaire» en commençant par des droits de douane contre la Chine mais par une redistribution des richesses dans nos pays et entre pays  ».

Tout à fait d’accord avec cette proposition.

Mais ..

Sommes-nous pour autant réellement condamnés à la passivité en attendant que les droits économiques, sociaux, écologiques et culturels s’appliquent à l’échelle mondiale ?.

Sommes nous réellement réduits à attendre le bon vouloir des oligarchies qui préfèrent déclencher des guerres civiles plutôt que de d’essayer de répondre aux aspirations populaires?

Et en attendant quelques siècles le bon vouloir des puissances financières qui placent les marionnettes qui nous gouvernent à la tête des Etats et des Institutions financières internationales, maman qu’est-ce qu’on fait ?

Oui une réforme fiscale instaurant un revenu maximum est prioritaire, incontournable…

Mais on ne pilote pas de politique économique sans souveraineté monétaire.

A quelle échelle locale cette souveraineté doit-elle s’établir?

Je l’ignore. Mais en Europe par exemple des regroupements de cinq ou six pays bénéficiant sensiblement des mêmes protections sociales et d’un niveau de vie comparable ne me semble pas irréaliste

Et ce dont je suis certain, c’est que plus les centres de décisions s’éloignent des citoyens plus les conditions d’exercice de la démocratie s’avèrent être chimériques.

Les incantations récurrentes à la démocratie en occultant les conditions de son exercice ont quelque chose de pitoyablement dérisoire.

L’étymologie du mot démocratie renvoie à la fois à une territoire et une assemblée d’élus de ce territoire .

Et il ne peut y avoir de souveraineté monétaire sans protection monétaire. Celle ci passe d’une manière ou d’une autre par des droits de douane, ou tout du moins des taxations à l’entrée et à la sortie de territoires géographiques délimités (ou encore des droits de change ce qui revient au même).

4 Le positionnement de Jacques Sapir

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/oui-la-demondialisation-est-bien-notre-avenir/337427 juin 2011

Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales est à la fois contre les mondialistes et les altermondialistes, il écrit : «Nous avons chacun notre vérité, et je ne reproche nullement à ces membres du Conseil scientifique d’Attac de ne pas partager la mienne. (…) La mondialisation n’est pas un phénomène qui serait d’ordre «naturel» et elle correspond bien à un projet politique précis, mais qui -en ce qui concerne la France- a un enracinement national évident.(…) Ni Montebourg ni moi-même n’avons jamais affirmé que la démondialisation résoudrait tous les problèmes. Ensuite, parce que des régulations nationales sont appliquées dans de nombreux pays avec succès, qu’il s’agisse de droits de douane ou de mesures de restriction des mouvements des capitaux. L’exemple de la Malaisie en est un parmi d’autres, qui a fini par être reconnu même par le FMI! Ledit FMI conseille même désormais, d’appliquer au niveau national certaines de ces mesures. L’ennemi est bien désigné pour qui sait lire: c’est l’État-nation. Les mesures impulsées dans son cadre ne peuvent «résoudre aucun des problèmes qui se posent à nous». Pire, elles sont susceptibles de déchaîner des démons nationalistes. On connaît ce discours, mais il n’a que les apparences de l’internationalisme. (…) C’est pourquoi la démondialisation est un projet radicalement nécessaire et en parfaite cohérence avec une vision de l’économie qui dénonce ces illusions. Il faut donc réaffirmer que, sans souveraineté nationale, il ne saurait y avoir de démocratie. Sans frontière, il devient impossible d’identifier une communauté politique commune. Au-delà, la crise impose de penser l’échelle de l’État-nation comme une étape indispensable. (…) Je réaffirme ici que l’action d’un gouvernement qui, face à une crise, suspend unilatéralement les règles de circulation des capitaux, ou les règles comptables, afin d’empêcher un petit groupe d’agents d’imposer indûment leur volonté au plus grand nombre au sein du corps souverain par l’agiotage et la spéculation, n’est pas un acte d’arbitraire.».

La démondialisation dont parlent Arnaud de Montbourg, Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Jean Luc Mélanchon… recouvre bien des aspects de la re-localisation indispensable.

Localiser la production et consommer localement

 Le terme qu’il convient d’employer est celui, très clair, de localisation. ( Le verbe localiser est précis, quel est l’intérêt d’ajouter un re – défensif - dans ce néologisme guère élégant, “re-localiser? “)

Si les signataires de ce texte labéllisé Attac veulent se couper de toute base arrière ils sont en train de trouver le mode d’emploi.

Pour ces signataires, il n’est pas plus imaginable aujourd’hui qu’hier d’affirmer qu’il faut rétablir des droits de douane. Le terme protection économique reste pour les auteurs du texte mis en ligne par Médiapart tout simplement obscène. Protectonnisme = Guerre. Ouverture des frontières = Internationalisme.

C’est exactement le piège dans lequel s’est laissée enfermer la sociale démocratie des pays d’Europe dans les années 80. Cela a permis à une finance livrée à elle même d”affaiblir considérablement les Etats en prenant le contrôle de leur finance. Et de leur imposer aujourd’hui des politiques dites d’ajustements structurels.

Si le terme droits de douane donne de l’urticaire à certains membres d’Attac, ils pourraient au moins se pencher sérieusement sur l’ensemble des mécanismes permettant de mettre un frein aux échanges qui ruinent les producteurs locaux par le jeu d’importations écologiquement, socialement et financièrement catastrophiques pour les populations du pays importateur comme pour les populations du pays exportateur

Par exemple des taxes sur les distances – taxe au kilomètre parcouru par les marchandises, des taxes conséquentes sur tout transfert monétaire dans les relations commerciales intercontinentales…

Mais sans moyens concrets, c’est à dire économiques et financiers pour freiner la course au dumping social et l’exponentielle croissance des dégâts culturels et écologiques de la mondialisation commerciale et financière dans laquelle nous sommes englués, il n’est point d’issue. Ni au Sud, ni au Nord, ni à l’Est ni à l’Ouest.

Il est temps d’agir. Donc d’en prendre les moyens.

Les signataires du texte cité commettent une erreur finalement pas aussi éloignée que cela du très libéral et très catholique Pascal Lamy, soit disant socialiste, (tout comme DSK), un Pascal Lamy donc, big boss à l’OMC qui parle de concept “réactionnaire” pour balayer celui de démondialisation de Walden* Bello, de Jacques Sapir, d’ Arnaud Montbourg ou d’Olivier Todd.

Walden Bello est membre du Transnational Institute, (basé à Amsterdam), administrateur de Greenpeace (bureau Asie du Sud-est). Prix d’honneur du prix Nobel alternatif en 2003, « pour ses efforts remarquables visant à sensibiliser la société civile sur les effets de la mondialisation des entreprises, et comment les alternatives peuvent être mises en oeuvre. ».« La mondialisation a perdu sa promesse. Les forces représentant la solidarité humaine et la communauté n’ont pas d’autre choix que d’intervenir rapidement pour convaincre les masses désenchantées que, comme la bannière du Forum social mondial de Porto Alegre le proclame : « Un autre monde est possible ! »

Transnational Institute étudie l’impact et les conséquences de la mondialisation économique dans de nombreux domaines qui touchent au « vivre ensemble ». La militante altermondialiste Susan George est présidente du conseil d’administration du TNI. Les membres de l’institut sont engagés dans la société civile et la vie associative de leurs pays respectifs. Basée à Amsterdam, la très petite équipe bénéficie d’une certaine influence, hier sur les seuls militants aujourd’hui également auprès des politiques. Cette think-tank (boîte à idée) est devenue au cours des dix dernières années un mini lobby…. dans de micro-cercles.

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