Denis Robert :  » Les paradis fiscaux ne se sont jamais aussi bien portés « 

Blanchi, réhabilité, le journaliste Denis Robert attend désormais d’être dédommagé par Clearstream après dix ans de bataille judiciaire.

Extraits de l’interview de Denis Robert paru dans les Inrocks 

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/70345/date/2011-09-16/article/denis-robert-clearstream-dedommagement/

L’affaire « Clearstream 2″, celle de la manipulation des listings et des rivalités politiques, vient de se terminer par un jugement en appel. Elle avait complètement occulté la « première affaire Clearstream », celle du blanchiment et du rôle des chambres de compensation dans l’opacité des flux financiers. Ces préoccupations de fond peuvent-elle désormais revenir dans l’actualité ?

 Hier, un article du Monde parlait du « shadow banking » et faisait allusion aux chambres de compensation. On découvre aujourd’hui le rôle des agences de notation, mais ça fait longtemps que je sais qu’elles existent… Ces agences sont des créatures inventées par les banques privées pour se noter entre elles, et encore, comme les indices boursiers dont on nous abreuve, elles ne prennent jamais en compte qu’une partie de la planète financière. Près de la moitié des flux financiers sont une matière noire : des paradis fiscaux, des comptes cachés, mais de l’argent réinvesti dans l’économie réelle. On vit dans une société du mensonge total. Il y a dix ans, quand j’ai fait la liste des banques françaises qui détenaient des filiales dans les paradis fiscaux, j’étais le seul à en parler. Je passais pour quelqu’un qui exagérait.Si vous étiez le seul il y a dix ans et que les médias en parlent aujourd’hui, cela signifie que la question du fonctionnement du système financier est passée dans le domaine public?Médiatiquement ces questions commencent à être posées, mais à aucun moment on ne dit l’essentiel, c’est à dire qu’il faudrait une commission d’enquête parlementaire sur Clearstream et sur Euroclear, voire sur Swift. Il faudrait placer sous tutelle européenne et démocratique les chambres de compensations internationales et les sociétés de routing financier, compte tenu des sommes et des flux en jeu. Pascal Canfin, de Finance Watch, a raison quand il dit que le meilleur moyen d’éviter la crise en Grèce est d’aller récupérer les 200 milliards que les armateurs et les Grecs friqués ont placé en Suisse. Aujourd’hui, plus personne parmi les gens qui travaillent dans ces secteurs ne remet ça en cause. Mais politiquement ce n’est pas encore passé.

Le 1er octobre 1996, vous participiez au lancement de l’Appel de Genève, pour un espace judiciaire européen contre les malversations financières. Une telle démarche collective serait-elle à nouveau nécessaire et envisageable?

On a tous pris quinze ans… J’en avais 38, la moustache de Renaud Van Ruymbeke était noire et pas grise, le juge Baltazar Garzon était encore méconnu… Il y a une grande lassitude. Je ne vais pas passer ma vie à donner des conférences. On s’est heurtés au lobby bancaire, sans doute le plus puissant du monde. Plus que le lobby nucléaire, plus que le lobby des vendeurs d’armes. Dès qu’une initiative met en jeu le pouvoir des banques, elle est brisée. Au-delà des effets d’annonce, les paradis fiscaux ne se sont jamais aussi bien portés.

Algérie : One blog away |
eric fevrier cantonales 2011 |
Le Blog de "l'Africain" |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | tropcesttrop
| LA PHILOSOPHIE (POLITIQUE) ...
| Le défi démo-cratique en Al...