LETTRE OUVERTE AUX POLITIQUES IMPLIQUÉS PAR LE PROJET ITER

Lettre ouverte aux politiques

Lettre du Comité Anti-Nucléaire du département, circulant dans toutes les Alpes-de-Haute-Provence

    Madame, Monsieur,

Notre démarche vient tenter de combler un grand vide, celui d’un véritable débat public. Vous conviendrez, on l’espère, que les procédures, « enquête d’utilité publique » ou « Commission Nationale de Débat Public », n’ont qu’un intérêt procédural très limité, quasi nul en terme démocratique.

Madame, Monsieur, vous vous êtes mis en situation d’assumer, directement ou indirectement, des responsabilités politiques décisionnelles au sujet d’ITER, il vous revient donc de répondre aux interrogations précises, argumentées que ce chantier nucléaire soulève de la part de nombreux scientifiques, et aussi de citoyens tout aussi compétents et responsables que vous au sujet de notre avenir commun. 

I. Aspects financiers

 a) Démarré avec un « devis » de l’ordre de 2 à 4 milliards d’Euros la fourchette des estimations se situe à présent entre 16 et 19 milliards d’Euros. Ceci hors fonctionnement et prévision de démantèlement, on se trompe? Sur quel argumentaire précis, chiffré, scientifiquement étayé ce quadruplement du budget se justifie-t-il ?

b) En pleine crise financière mondialisée, structurelle, déboulant avec fracas en Europe, en pleine époque de récession généralisée, de « rigueur budgétaire », en attendant les plans d’ajustements structurels du FMI, où comptez-vous trouver le financement d’ITER, à quelle hauteur, et au détriment de quels secteurs d’activités ?

c) Ce bond de plus de 400% du budget prévisionnel a-t-il fait l’objet d’une nouvelle étude d’évaluation globale du projet, comme cela se ferait dans n’importe quel autre domaine ?Incontestablement le projet se révèle être mal évalué depuis le début, côté budgétaire la démonstration est faite. Cette nouvelle étude est-elle accessible ? Sinon, ou si elle n’existe pas, pourquoi ?

II. Aspects scientifiques Si la fusion nucléaire telle qu’elle se produit sur notre astre solaire est source d’énergie durable, propre et sûre, sa reproduction sur Terre pose, selon de nombreux physiciens aux compétences incontestables, des problèmes toujours sans solutions pour ce qui est de la faisabilité, de la sécurité et même de l’approvisionnement. Parmi une longue liste de sujets litigieux pointés par ces chercheurs, par ailleurs pro-nucléaires, ces quelques inconnues majeures :

a) De toutes les expérimentations sur la fusion réalisées, ayant déjà englouti 27 milliards d’euros entre 1975 et 2005, le record du monde revient aux Anglais ayant réussi à créer le fameux plasma fusionnel, durant 0,5 seconde. Pour ce faire il leur a fallu consommer 80% plus d’énergie qu’il aurait été possible d’en récupérer. Cette « réussite »date de 1991, depuis aucune avancée en terme de performance.

Le seul objectif officiel du projet ITER, se proposant de réaliser ce magma durant plus de 400 secondes en produisant plus d’énergie qu’il en consomme, est donc pour l’heure de l’ordre du fantasme scientifique pur et simple. Sur quelles données factuelles, scientifiques, placez-vous des espoirs que le miracle puisse émerger en cours de route ? Prix Nobel de physique P.G de Gennes, nucléariste convaincu, déclarait en 2006 « ITER je n’y crois malheureusement plus ». Libre à vous d’y croire, mais expliquez-nous.

b) Autre miracle à attendre : le principe pour éventuellement un jour produire de l’énergie est de récupérer la chaleur des neutrons produits avec ITER, qui ont une énergie dix fois supérieure à ceux d’un réacteur à fission, et sont donc très irradiants. Pour ce faire il faut une enceinte de confinement où d’un côté il y aura 100 millions de degrés, de l’autre une température de moins 270 degrés. Problème ; on ne sait pas faire. Aucun matériau connu ne peut satisfaire aux exigences requises. Le Japon est chargé des recherches destinées à le trouver. Et si cette mission se révèle impossible, vous faites quoi ?

c) A la différence du deutérium pouvant être extrait de l’eau de mer, le tritium ne peut qu’être fabriqué, or, il a des coûts faramineux (20 millions de dollars sont prévus dans le budget ITER pour acquérir les 2 Kg nécessaires aux expériences prévues). La fourniture de 300g/ jour est envisagée pour faire de la fusion électrique, des études sont prévues pour résoudre la difficulté de l’approvisionnement. Ces études passionneront le ministère de la Défense, le tritium étant un élément essentiel des bombes thermonucléaires -Ministère qui finance un autre projet sur la fusion, le Laser Mégajoule, supervisé par le même Commissariat à l’Energie Atomique-. De mauvais esprits pensent que votre entêtement à vouloir poursuivre ce projet hautement improbable peut tenir au fait que des retombées collatérales de cette recherche pourraient favoriser le perfectionnement de nouvelles armes de destruction massive. Pourriezvous nous ôter cet horrible doute ?

Ou pourriez-vous nous confirmer que le projet ITER n’est qu’une recherche fondamentale avec comme objectif de trente à quarante ans d’élaboration pour un résultat de 400 secondes de gloire, très improbable d’après la plupart des physiciens ?

Car ensuite, en cas de réussite miraculeuse, « restera à transformer ce résultat en réalisations pratiques. On est loin du compte : la faisabilité industrielle d’un réacteur thermonucléaire producteur d’énergie est hors de portée de toute prévision humaine. » dixit Robert Dautray, ancien haut commissaire à l’énergie atomique. Mais sûrement à la portée de prévision politique.

III Aspects sûreté

 « ITER est extrêmement dangereux du point de vue de la sûreté et de la contamination environnementale. Le tritium est hautement toxique avec une dose mortelle de 1mg. » Les 2 Kg présents dans ITER « pourraient tuer 2 millions de personnes. Le flux radioactif de 2 Kg de tritium est à peu près du même niveau que celui produit par l’accident de Tchernobyl. » Voilà l’opinion du Prix Nobel de physique, le chercheur atomiste japonais Masatoshi Koshiba qui précise « une grande partie des nappes phréatiques sera contaminée, et la zone de contamination augmente avec le temps, ce qui crée un risque extrêmement grave pour l’environnement. » M. Koshiba raconte-t-il n’importe quoi ?

Le tritium, gaz très volatile, passe à travers les métaux, intègre facilement la chaîne alimentaire, et les organismes…

Question subsidiaire, pourquoi s’acharner à construire des installations à risque sur une zone sismique?

Vous sentez-vous la légitimité de faire prendre de tels risques incalculables sans même en informer les possibles futures victimes ?

Ces questions exigent des réponses de votre part, ce que nous attendrons patiemment

jusqu’à fin d’octobre. Ensuite vos argumentaires dûment compilés par nos soins bénéficieront de la même publicité que cette présente lettre ouverte.

Car nous sommes confiants, du sérieux voire de l’enthousiasme dont vous saurez faire preuve pour nous convaincre du bien fondé de vos décisions.

Madame, Monsieur, nous pourrions aborder bien d’autres facettes discutables du projet en termes de promesses et d’impacts sociaux-économiques sur notre région, mais pour l’heure des réponses sur les énormes incertitudes ci-dessus énoncées nous semblent incontournables avant tout débat sur les modalités de mise en oeuvre de ce réacteur nucléaire expérimental.

Un groupe informel de vos administrés sceptiques, voire inquiets, et déterminés, voire plus.

Collectif Antinucléaire du 04 Contact: collectif.antinucléaire04@gmail.com

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