Mario Draghi, qu’Angela Merkel a qualifié de « très compétent », et Nicolas Sarkozy « d’homme de qualité », n’était autre que le vice-président de la branche européenne de Goldman Sachs – la banque d’affaires qui a maquillé les comptes de la Grèce…

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EXTRAITS D’ UNE INTERVIEW DE FREDERIC LEBARON

1789 et les deux issues

François : Je vais prendre une comparaison, vous me direz si elle est stupide. Le point de départ de la Révolution, en 1789, c’était déjà une crise des dettes publiques. Le roi convoque les états généraux avec, dans l’idée, de lever un nouvel impôt, que l’aristocratie et le clergé se mettront d’accord pour imposer une nouvelle taxe au Tiers-État. Mais la bourgeoisie s’est sentie assez forte, alors, pour refuser, pour obtenir l’appui du peuple, et pour finalement trouver une autre solution : les biens de l’Église seront nationalisés, puis revendus pour renflouer les caisses de l’État. Les révolutionnaires feront de même, un peu plus tard, avec les biens de la noblesse qui s’exile. Si je cite cet exemple, c’est, d’abord, parce qu’on raisonne trop, en ce moment, j’ai l’impression, avec des outils strictement économiques. On s’enlise dans la technique financière, et c’est un truc complètement dépolitisant. Tous les jours, ils se flattent de leurs « innovations », de hedge-funds, de subprimes, de swap, de crédits structurés… tout un jargon, et c’est comme si nous, dans la gauche de gauche, on se laissait aspirer, on entrait dans leurs bidouillages compliqués plutôt que de forger nos propres armes : quelles sont les classes frappées par la crise actuelle ? Quelles alliances sont possibles ? À quelles conditions ?

Et ensuite, ce précédent nous ouvre deux hypothèses pour le présent. Soit, comme le roi l’espérait en 1789, on laisse faire les décideurs – qui renforce la pression fiscale sur les ménages, qui sabre les services publics, etc. Soit, comme ça s’est produit en 1789, un front du refus se dresse, mais alors quelles ressources peut-on trouver ?

Frédéric Lebaron : Ce rappel me paraît éclairant.

Votre hypothèse n°1, d’abord, on laisse faire. Il faut comprendre que, pour les dirigeants de la BCE, la crise d’aujourd’hui ouvre une « fenêtre d’opportunité ». C’est une chance pour eux, et ils comptent bien s’en saisir pour mettre en œuvre tout leur programme : moins d’État social, hausse de la TVA, nouveau recul de l’âge de la retraite… Un document du FMI l’énonce sans ménagement : « les pressions des marchés pourraient réussir là où les autres approches ont échoué. Lorsqu’ils font face à des conditions insoutenables, les autorités nationales saisissent souvent l’occasion pour mettre en œuvre des réformes considérées comme difficiles, comme le montrent les exemples de la Grèce et de l’Espagne ». Qu’on les laisse faire, et voilà le chemin.

Maintenant, votre hypothèse numéro 2, plus optimiste. La force sociale est la grande inconnue à l’heure actuelle. La crise peut, doit, constituer une « fenêtre d’opportunité » aussi pour ceux qui réclament plus de justice sociale, plus de redistribution des richesses, etc.

François : Mais les « ressources » ? L’équivalent des biens du clergé, où est-ce qu’on les trouverait ? Par l’expropriation des actionnaires ?

Frédéric Lebaron : Pourquoi pas. Mais l’impôt, ou même l’inflation, sont aussi des formes efficaces d’expropriation. Cela suppose un corps social mobilisé et organisé, avec des forces syndicales, politiques, puissantes, pour arracher ces progrès.

Antoine : Il va en falloir, des forces, pour renverser la BCE ! L’Euro-Tower a l’air solidement installé…

François : Le 13 juillet 1789 aussi, la Bastille paraissait solidement installée.

Vous avez dit « indépendante » ?

« Ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peut solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes communautaires,La BCE en est fière : elle se revendique indépendante des gouvernements, des états membres ou de tout autre organisme ».

Mais à l’égard de la sphère financière ?

Le futur président de la BCE, Mario Draghi, qu’Angela Merkel a qualifié de « très compétent », et Nicolas Sarkozy « d’homme de qualité », n’était autre que le vice-président de la branche européenne de Goldman Sachs – la banque d’affaires qui a maquillé les comptes de la Grèce…

Otmar Issing, le grand théoricien de l’euro, « chief economist » de la BCE entre 1998 à 2006, a fait le chemin inverse : il est passé conseiller international de Goldman Sachs.

Axel Weber, ancien président de la Bundesbank, représentait l’Allemagne à la BCE : aussitôt quitté ces fonctions, plutôt que de retourner à l’Université, il a préféré prendre la tête de la banque suisse USB – contre 1,7 millions d’euros et autres stock-options.

Quant à Jean-Claude Trichet, dont le mandat s’achève, on ignore encore à qui il vendra ses conseils (ou non). Il perçoit, pour l’instant, 345 252 euros par an, soit près de 30 000 euros par mois – ce qui le rend si proche des classes laborieuses et l’autorise à prôner la rigueur salariale pour les autres…

Relire : Contre la BCE, vive l’inflation ! Partie I

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